Et si on allait chez le dentiste… ?

Il me semble important de sensibiliser les praticiens, ayant la volonté d’y être, à l’accueil des enfants porteurs de TSA. Et primordial, à mon sens, que ces enfants aient une approche avec les praticiens et l’environnement avant même d’y aller pour des soins et en cas d’urgence.

Il y a quelques semaines, c’est au cours d’un rendez-vous en urgence pour moi, que je me suis soudain demandée : comment peut-on accompagner un enfant autiste chez un dentiste qu’il ne connait pas, sans la moindre préparation ? Comment l’amener dans une salle avec un tas d’instruments où l’on doit s’allonger sur un fauteuil, avec une lumière qui peut être très agressive, des sons qui peuvent l’être tout autant pour un enfant en hyperacousie ? Comment peut-on arriver à ce qu’il accepte d’ouvrir la bouche, afin d’y recevoir des instruments, instruments qui peuvent être synonyme d’agression ?  

J’ai naturellement été amenée à parler de mon métier avec la dentiste qui me soignait alors et nous avons abordé la question de l’accompagnement des soins des enfants autistes. Ayant à cœur de faire au mieux, elle s’est montrée très sensible au sujet.

 

Et c’est ainsi que j’ai pris rendez-vous dans un premier temps pour Titi. Il a 5 ans, il est porteur de TSA, souffrant d’hyperacousie et donc d’angoisses quant au matériel médical (l’ophtalmo avait déjà été un cap !). Il n’était jamais allé chez le dentiste.

Quelques semaines avant ce premier rendez-vous, nous lui avons expliqué qu’il irait rencontrer Aurélie, qu’il découvrirait son cabinet dentaire avec tous ses instruments et que, s’il en était d’accord, il pourrait lui montrer ses dents. Je lui ai montré la photo d’Aurélie, la dentiste, dans son cabinet, le familiarisant déjà un peu à cette rencontre….

Titi a été accueilli en douceur par la dentiste. Il a découvert la salle avec tous les instruments. Il a posé un tas de questions par rapport au fauteuil relié à un tas de petits instruments. En effet les fauteuils électriques (coiffeur, praticiens, etc) sont source de beaucoup d’angoisses chez lui, tant pour la perturbation sonore que les mouvements du fauteuil qu’il ne peut contrôler lui-même. La dentiste lui a permis de découvrir certaines fonctionnalités des boutons du fauteuil. Titi a d’abord refusé de s’asseoir sur ce fauteuil de soins, mais a accepté de s’asseoir sur le tabouret de la dentiste afin de lui montrer ses dents. Il a accepté d’ouvrir sa bouche, alors que la dentiste lui donnait un petit miroir pour suivre en direct ce qu’elle allait faire, elle-même dotée d’un beaucoup plus petit miroir, qu’elle a pu placer dans sa bouche. Elle n’a pas pu faire plus à ce moment-là mais il a souhaité assister à mes propres soins dentaires. La dentiste en a profité pour lui montrer le petit aspirateur qui va dans la bouche en le faisant fonctionner, Titi a bouché ses oreilles à plusieurs reprises mais il a fini par accepté le bruit des appareils très rapidement. Elle lui a expliqué les soins qu’elle me faisait avec beaucoup de patience et d’humour.

 

Une fois mes soins terminés Titi a émis le souhait de venir sur le fauteuil, sur moi. La dentiste, a ainsi pu regarder en détail et compter ses dents. On lui a redemandé s’il souhaitait être seul sur le fauteuil, il a préféré y voir la dentiste et s’exercer à la manipulation du fauteuil. Elle s’est prêtée au jeu de bonne grâce, instaurant ainsi une confiance avec lui, qui lui a permis d’enfin monter seul sur le fauteuil, sans crainte.

Le rendez-vous a duré quasi une heure (mes soins compris !) dans un climat de douceur, d’humour et de respect, permettant ainsi à la confiance de commencer à s’installer. Lui offrant un petit kit de brossage elle lui a rappelé l’importance du brossage quotidien matin et soir et lui a proposé de le revoir dans six mois. En effet, il parait essentiel de maintenir le lien pour que le jour où des soins s’imposeront, cela soit dans un lieu familier avec une personne de confiance.

Cette expérience avec Titi n’était qu’une première, car c’est une approche que je souhaite proposer aux enfants que je vais accompagner. Car n’oublions pas que si le dentiste est souvent une source de stress chez les adultes, c’est probablement lié à une mauvaise préparation dans l’enfance… Et quand on voit le stress que cela génère chez certains adultes, il est aisé d’imaginer celui que ressent un enfant autiste… et… ses parents ! Et le dentiste n’est pas le seul praticien qui devrait être sensibilisé à l’accueil des enfants autistes, l’expérience devra se renouveler auprès d’autres praticiens…

Je remercie Aurélie Delfosse pour son accueil, sa bienveillance et sa volonté de permettre aux enfants porteurs de TSA une approche chez le dentiste avant tout soin.