Un éducateur spécialisé qui accompagne des personnes porteuses de TSA en libéral, c’est quoi ?

Métier nouveau, encore un peu méconnu, l'éducateur spécialisé en libéral fait partie des intervenants essentiels dans l'accompagnement des enfants, adolescents et jeunes adultes porteurs de TSA. Voici une petite histoire concrète pour comprendre sa fonction.

 

Imaginons…

Je rencontre les parents de Léa, elle a 7 ans. Un diagnostic de TSA (Troubles du Spectre Autistique) a été posé au CRA (Centre de Ressources Autisme) quand elle avait 5 ans.

Léa ne parle pas, elle est scolarisée en CLIS avec une AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) sans inclusion 3 heures par jour le matin et a un suivi chez une psychomotricienne 1 fois par semaine. C’est d’ailleurs elle qui leur a conseillé de prendre contact avec une éducatrice spécialisée. Cependant, ils ne savent pas très bien pourquoi on les oriente vers une éducatrice, ils m’interrogent sur ma fonction, ils me disent penser faire ce qu’il faut pour leur fille, ils ont peur du jugement, qu’on pense qu’ils remplissent mal leur rôle éducatif. Je les rassure, je ne suis pas là pour les juger, ni les remplacer, je leur dis que tout accompagnement que je pourrais proposer se ferait avec leur pleine adhésion.

Une fois ce malaise balayé, on peut commencer à parler des difficultés de Léa.

Pour commencer, le matin, ses parents doivent toujours habiller Léa, qui ne se montre pas toujours coopérative car elle préférerait rester à la maison. Léa peut avoir des comportements de violence à l’égard de ses parents une fois l’école finie. Et l’après- midi, Léa ne sait pas quoi faire malgré les sollicitations et propositions de ses parents : elle ne joue pas, reste seule dans son coin avec son chat et quand ils lui proposent d’aller se promener, Léa, crie, tape… Lors des déplacements en voiture, Léa crie quand ses parents ne prennent pas le chemin habituel. Ils ont remarqué aussi que Léa ne se sert que d’une main, la droite, comme si elle n’avait pas conscience d’en avoir deux. Descendre ou monter un escalier est très difficile aussi pour elle, elle descend une marche à la fois et ne sait pas par où se tenir, malgré la présence d’une rampe… Ses parents ont déjà essayé de l’accompagner à la piscine mais Léa se bouche les oreilles avec ses mains et crie dés qu’elle voit la zone des bassins.

Les parents de Léa me parlent d’eux, ils n’osent plus aller le dimanche chez les grands parents comme avant, ils refusent toute invitation des tantes, des cousins, des amis… Ils ne savent pas gérer ses crises en public et ne supportent plus les remarques et les critiques comme quoi Léa serait « capricieuse, mal élevée et qu’une bonne baffe ça ne lui ferait pas de mal… » ! Ils n’osent pas aller au restaurant avec Léa et encore moins sans Léa « qui pourrait la garder et supporter ses crises… ??? ». Ils me disent qu’ils ont l’impression de ne vivre qu’à trois, qu’ils se sentent seuls face aux comportements de leur fille, qu’ils n’arrivent pas à trouver de solutions pour l’apaiser, qu’ils se sentent démunis et terriblement angoissés pour son avenir. « Que va devenir Léa quand on ne sera plus là ? Qui va s’occuper d’elle ? Est ce qu’elle travaillera un jour? Est ce qu’elle pourra fonder une famille ? Parlera t- elle un jour ? Est ce qu’elle aura des ami(e)s ?  Ou va-elle se retrouver sans nous ?  Est ce qu’elle pourra aller au collège ? Au lycée ? On a peur de l’avenir ». Ils ont conscience que leur couple ne tient que pour leur fille, qu’ils n’ont plus d’intimité parce que le soir « Léa s’endort que dans mes bras et parfois je m’endors avec elle et je me réveille avec elle…» me confie la maman.

On échange alors sur leurs attentes, leurs besoins et comment ils veulent que je travaille avec Léa, quels sont ses besoins à elle ? Je leur demande s’ils sont prêts à accueillir un éducateur chez eux, dans leur intimité familiale. Je leur explique également comment je travaille et l’importance qu’une relation de confiance s’instaure entre nous afin de travailler dans le même sens, en cohérence pour Léa. Je leur explique que nous allons définir ensemble des objectifs de travail, sur papier : ce que l’on appelle un Projet d’Accompagnement Personnalisé (PAP). Ceci dit, il pourra évoluer d’après mes observations quand je serais en accompagnement avec Léa.

Je leur précise aussi que mon accompagnement avec Léa ne s’arrête pas qu’au domicile, il peut se faire à l’école, je peux également l’accompagner chez la psychomotricienne afin de créer du lien et de travailler tous dans la même direction pour Léa. J’insiste sur ce point, un éducateur spécialisé en libéral ne travaille pas en ELECTRON LIBRE mais  en équipe : avec la famille et tous les différents intervenants dans la vie de l’enfant.

Quelques jours plus tard, nous nous mettons d’accord sur les objectifs de travail. Je leur précise que nous allons partir des capacités et des compétences de Léa. Nous définissons alors 6 heures d’accompagnement éducatif par semaine avec Léa : 1 heure d’accompagnement éducatif au domicile 2 fois par semaine de 7h à 8h, l’objectif étant de travailler avec Léa sa préparation pour l’école, dans un premier temps. 1 heure d’activités de 14h à 15h (appelées dans le jargon des éducateurs « médiations éducatives »), 2 fois par semaine dans l’objectif que Léa apprenne à occuper ses temps libres, apprenne à jouer avec l’adulte et observer la relation si proche qu’elle a avec son chat (ce serait peut être une piste de travail avec Léa ? autour des animaux ?). 1h d’accompagnement éducatif au sein de la CLIS 2 fois par semaine, dans un premier temps observer Léa au sein de la classe, les interactions avec ses camarades, l’AVS, l’instituteur… Pourquoi Léa est-elle parfois mal quand elle sort de l’école ? Je peux lui proposer un atelier éducatif au sein de l’école mais dans une salle autre que la classe. Il semblerait que Léa soit sensible aux bruits, l’essai d’un casque serait pertinent. Il m’apparait aussi important de travailler les imprévus avec Léa puisque le trajet de route du point A au point B ne doit pas changer au risque de déclencher un trouble du comportement.

Ses parents préfèrent accompagner Léa chez la psychomotricienne. Je leur soumets l’idée que je peux rencontrer ou appeler la psychomotricienne afin de travailler dans le même sens. Ils en sont d’accord.

Je remets alors une proposition tarifée de cette prestation aux parents de Léa. Je leur explique les différentes possibilités de prise en charge financière concernant les professionnels en libéral. Nous finissons par convenir que je les soutienne dans la rédaction du projet de vie du dossier MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) de Léa. Ils vont demander la réévaluation de leur complément d’AEEH (Allocation d'éducation de l'enfant handicapé).

A suivre…