Un casque trop visible pour une différence invisible ?

Lucas a 8 ans, il est dans un parc de loisirs avec moi. Soudain, il commence à pleurer avec un regard apeuré, à s’aggriper à moi et à mettre les mains sur ses oreilles. Pourtant on est au calme, peu de monde autour de nous, pas de bruit qui pourrait expliquer son inquiétude mais Lucas est en panique. Je lui mets son casque anti-bruit sur les oreilles. Lucas cherche dans le ciel, j’en fais autant et finis par voir un avion. Lucas se calme peu à peu.

Je suis chez Rozenn, elle a 5 ans. Nous faisons une activité cuisine. Elle demande à ce que je l’accompagne aux toilettes alors qu’elle est autonome à cette compétence quand nous sommes dans mes locaux. Pourtant, là il semble impossible pour elle d’y aller seule. Je la questionne. Elle demande si le lave linge ou le séche linge sont en route. Elle finit par demander à mettre son casque et peut ainsi y aller seule.

Léo est âgé de 16 ans. Je l’accompagne au restaurant. Nous y allons trés tôt à sa demande. Peu de temps aprés notre arrivée, un groupe arrive et s’installe pas loin de nous. Peu après, je sens Léo angoissé, agité, de moins en moins concentré sur la conversation. Je lui demande ce qui ne va pas, il me répond que c’est trop bruyant pour lui, qu’il n’arrive pas à passer outre les conversations de la table d’à côté, les bruits du service, des clients du restaurant, de la climatisation. Je lui propose de mettre son casque. Léo me dit qu’il est géné de le mettre devant tout le monde, qu’il a peur d’être jugé.

Dans ces trois exemples, le probléme est le même. L’enfant est en hypersensorialité auditive. Des sons qui sont à peine audibles ou supportables par une oreille classique sont là envahissants, aggressifs et douloureux.

Dans ces trois exemples, la solution pourrait être la même : le recours à un casque anti-bruit. Or si Lucas du haut de ses 8 ans l’utilise sans probléme à l’extérieur et Rozenn chez elle, pour Léo c’est compliqué de le mettre en public tout comme ça le serait pour les parents de Rozenn dans un même contexte.

En effet, pour nombre de personnes, parents ou enfants eux mêmes, l’utilisation du casque anti-bruit reste stigmatisante. L’utilisation du casque étant marginale, les gens peuvent regarder bizarrement les personnes qui le portent. De plus, l’autisme est un handicap invisible, aux troubles pas toujours visibles pour les autres. Mais là pour le coup le recours au casque le rend bel et bien visible ce qui note la différence et peut mettre l’enfant ou les parents en difficulté face au monde.
L’hyperacousie est un trouble trés handicapant pour les autistes. Et pourtant, dans ces moments là le casque devient le seul moyen de trouver l’apaisement et de diminuer ou d’éviter de gros troubles du comportement. Il serait bon que le port du casque passe inaperçu, peut être en invitant les fabricants à se rapprocher de l'esthetisme des casques musicaux (plutot importants en ce moment) ou en informant plus le grand public sur les raisons de son port. Car il est dommage que certains se privent d'un outil qui pourrait leur rendre la vie moins inconfortable par peur du regard des autres...

Sensory Overload - L'hyperacousie expliquée par une animation très claire